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Pour toi.

pseudo alexandrins

Mercredi 26 juillet 2006

Ballade en Ut mijeur

Ballade en Ut mijeur

 

 

 

Il vivait solitaire et il le vivait mieux

Que mal accompagné d´un quelconque autre vieux

Il avait 50 ans ou peut-être 60,

Cela ne compte pas quand on se désenchante

 

Si l´on avait voulu compter tous ses hobbies

Les doigts d´une main auraient largement suffi,

Boire était le premier, décuver le second.

Le premier lui sifflait le tiers de son pognon,

Le troisième et dernier était le plus marrant :

Tirer sur les cyclistes avec des balles à blanc

Et rien ne l´empêchait de compiler les deux,

Avant de canarder de picoler un peu.

 

Et les vélos tombaient, effrayés, consternés,

Ne pouvant pas savoir qu´ils étaient mitraillés

Par un fusil chargé de munitions factices,

Ils juraient, ils pleuraient, réclamaient l´armistice

Le chemin qu´ils prenaient était dans un hameau

Où six granges et six fermes posées sur des coteaux

Pouvaient facilement abriter un tireur,

Si bien qu´ils ne savaient d´où venait la terreur

Quand notre ami lassé par cet aimable jeu

Décidait d´arrêter du moins un mois ou deux

Les guignols en vert ou en jaune ou en rose

Revenaient de plus belle en défendant la cause

Que la route est à tous et ils le criaient fort.

Ce faisant ces crétins réveillaient l´ivre mort.

Ils n´avaient pas besoin d´une provocation

pour se jeter avide sur ses munitions.

À coté de son lit sans la sécurité

Son fusil déjà pointait les maillots mouillés.

 

Un jour enfin craignant que le frêle pot aux roses

Ne soit découvert par ces étranges choses

Il sortit de chez lui pour acheter du vin doux,

Et accessoirement des balles en caoutchouc.

Les balles en caoutchouc on ceci de pratique,

Sans risquer de blesser leurs membres athlétiques

Elles laissent néanmoins sur leurs cuisses rasées

Des bleus qui resteront pendant plusieurs journées

 

Il avait quelque part une encyclopédie

Il la retrouva sous une caisse de whisky

Il voulait s´en servir. Un beau jour résolu

Il tira ses rideaux et goulûment il lut.

« Goulûment » est outré. Il lut les premières pages

Du Larousse tout vieillot qui malgré son grand âge

Donnait un aperçu des drapeaux des pays

Et des différents tons que proposaient ceux-ci.

Quand venait le week-end, il prenait sa lunette

Et observait de loin les couleurs des jaquettes

Alors visant les jambes, cherchant à faire des marques,

Il tentait de reproduire les couleurs du Danemark

Ou bien du Burundi, ou alors du Gabon.

Pour sa culture, cela aurait pu être bon,

Mais il était bourré les trois quarts du temps

Et oubliait bien vite ses chefs d´œuvres charmants.

 

Vous vous en doutez bien, cela ne dura pas longtemps,

Devenus Arlequins, les sportifs brusquement

Cessèrent de fréquenter cette route maudite,

Ayant tôt fait de raconter à leurs acolytes (anonymes)

Les noires péripéties qu´ils avaient rencontrées

Le hameau s´en trouva plus calme que jamais.

Et notre petit vieux en fut tant attristé

Qu´il en oublia de boire toute une journée

Mais ce qui l´avait chagriné par dessus tout

C´est qu´il avait sept boîtes de balles en caoutchouc

Inutilisées ! Pleines ! C´était un tel gâchis…

      (puis un jour, un peu plus tard, environ vers midi)

Il se servit un grand verre de Martini

Et tâtant de sa main sur le vieux canapé

Il trouva la télécommande de la télé.

 

Sur l´écran, et sur le canal d´Antenne deux

Il les vit ! Ebahi, il n´en crut pas ses yeux

Voici la solution, et la voilà, la chance !

On était en été, il y avait le tour de France…..

 

Dans la caisse de son coffre, il puisa de l´argent

Acheta de la bière du Ricard, du vin blanc

Dans le coffre de sa caisse, il les plaça joyeux

Entre ses munitions et sa belle vingt-deux.

Il suivit les étapes, dormant dans sa voiture.

Et un ami m´a dit qu´à chaque meurtrissure

Qu´il laissait sur le corps des Miguel Indurain

Il avait le regard pétillant d´un gamin.

On ne sait où il est, ni ce qu´il s´est passé

Toujours est-il qu´il n´est jamais retourné

Dans son hameau perdu, là bas sur les coteaux.

Moi, je  dirais, vu la saison, qu´il est entre Milan et San Remo.

 

Par Gonzague Loumintope
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Mercredi 26 juillet 2006

Au seuil de mon tombeau

Au seuil de mon tombeau

 

Ah, je les vois déjà, ces tendres incapables,

Escorter en chantant ma dépouille fumante,

Je les vois s’attendrir et devenir affables

À l´heure de ma mort, atrocement si lente.

Aux lambeaux de ma vie, ils viendront s´incliner

Et tendant les bougies et l’encens à côté

Du cercueil dans lequel je m´imondicerai,

Ils prieront pour mon âme et l’immortalité

N´entendra que mes pleurs irrités et amers.

 

Pourquoi sont-ils tous là ? Pourquoi sont-ils venus ?

Eux qui détestaient ce qui est convenu

Viennent autour du bois, parlent autour de moi

D´autrefois, d´aujourd´hui, de demain

Qui jamais ne sera comme avant,

De ces banalités que j’exécrais vivant

Et qui mort me répugnent, et m’énervent, et me navrent,

Il n’y a plus d’avantages à n’être qu´un cadavre.

Sitôt qu’on m’allongé sur le cuir de la boîte,

-que par respect pour moi on a appelé bière,

Je dois le reconnaître, c´est le nom adéquat,

Celui qui l´inventa dut être visionnaire-

‘se sont mis à jaser, ne discontinuant pas,

Ressassant  le passé que l´on n´oubliera pas.

Que t’ai-je fait mon Dieu, pour hériter d´un tel

Salmigondis de clichés, d’harcèlement textuel ?

 

Mais j’avoue que les mots qui ce soir m’atteignent,

Me rassurent en un sens, car le gars qu´ils dépeignent

Ne correspond en rien à l´homme que j´étais,

Me serais-je trompé sur mon identité ?

La situation est claire, je le comprends enfin,

Cet enterrement n’est simplement pas le mien.

Ces crétins de croque-morts, dans leur empressement,

Ont confondu les corps : je suis Lucien Bertrand.

Ouvrier consciencieux, père de trois marmots,

Fan de Nicoletta et de Luis Mariano.

‘se serait suicidé d´une balle dans la tête,

C´est pour ca que sa boîte n´est pas restée ouverte.

Et quant à mon cercueil si il est resté fermé,

C´est qu´on a respecté mes dernières volontés

Et que l´interversion passa inaperçue.

J´avais bien remarqué déjà dès le début

Que le bois du cercueil était un bois précieux,

Je croyais, gros naïf, qu´en guise d’adieu,

Ma famille, mes amis s´étaient tous réunis

Et m´avaient offert ça, innocent que je suis….

 

Je suis désolé pour celui qu´on a descendu,

Dans le carré de terre qui m´était dévolu,

D´abord parce qu´il dormira pour l’éternité

Entre quatre planches de bois contreplaqué

Puis qu’il ne recevra qu’un brin de chrysanthème,

Au jour de la Toussaint, et peut-être que même,

Mes amis persuadés que mon corps gît ici

N´apporteront que des racines de pissenlits

Qu’il bouffera

Et moi je recevrai des fleurs par milliers,

Peut-être on me plantera même un petit rosier…..

 

Il n’y a que deux choses qui m’inquiètent vraiment,

Personne ne voulut de moi quand j’étais vivant

Et j’ai bien peur que même les champignons

Ne veulent de l´humus de ma putréfaction.

La deuxième relève de l’ordre de l’improbable,

Tant ma vie sexuelle a été lamentable,

C’est de subir un test de paternité.

Perspective effroyable dans laquelle je me verrais

A l’instar de Montand et de sa fausse fille,

Obligé de sortir de mes pieds de jonquilles.

Puisque le légiste même s’il n’est pas très fin

Verra bien que le corps qui est entre ses mains

Se trouvent disposé d´un trou dans la caboche

Et que de surcroît il n´est pas franchement moche.

Caractéristiques qui ne me caractérisent pas.

On m´ôterait dès lors les joies de mon trépas.

 

Mais je l´ai déjà dit, c´est de la science-fiction,

Et je savourerai l´heureuse interversion

Jusqu’à ce que les vers aient fini de ronger

Le frein récalcitrant des cèpes et des bolets.

 

Par Gonzague Loumintope
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