Meeting

Publié le par Gonzague Loumintope

Or, tout en déambulant, je remarquais un extincteur. Rouge, propre sur lui, il semblait avoir été déposé là par quelque employé méticuleux ; placé entre la cabine téléphonique et le transistor, il était, en effet, tout à son aise.

 

            La géographie du lieu n’était pas sans me rappeler ma Nièvre natale. Rassurante et perturbante, cette transposition fugace. On était tout de même à Cracovie, et les réminiscences de ce passé florissant qui m’avait vu grandir fouettait mes convictions et courbait mon entendement. Où étais-je, en fait ?

 

Sur le terrain vague faisant face à la mairie, quoiqu’il en fût, le meeting battait toujours son plein. Je m’assis donc sur un tabouret prévu à cet effet, attrapais avec une retenue de circonstance mon gobelet plein de pop-corn et je savourais le spectacle.

 

 

La publiciste tentait, polycopiés à l’appui, de prouver que le cacao « BUVÉMOI » était bien meilleur que le « MANGÉMOI ». C’était Winnie l’Ourson qui discutait avec Rintintin.

 

            _ « BUVÉMOI, disait Winnie, remplace le miel qui se fait rare ces derniers temps. Changement climatique oblige ! »

 

            Rintintin, les oreilles rabattues en signe de regret, devait bien se rendre à l’évidence et murmurait dépité :

 

            _ « MANGÉMOI ne remplace pas mes croquettes… »

 

 

L’assemblée applaudit poliment, mais on voyait bien au visage simiesque du patron de la Française des Jeux, convié pour l’occasion, que la joute chocolatière le passionnait autant que les résultats des examens d’urine du Dalaï-lama.  Le PDG se leva et ordonna un vote à mains levées. Après un « non » retentissant, Tina, la publiciste, laissa sa place à une espèce de Gepetto endimanché dont le charisme n’était pas sans rappeler celui d’un saumon.

 

            C’est à ce moment là que cela se produisit.

 

 

Juste après l’entrée de l’homme tout de bleu et de paillettes vêtu, poupée de bois sur l’épaule, la secrétaire, qui avait suivi, se prit les pieds dans la moquette et le fin plateau en laiton qu’elle portait du bout des doigts s’envola joyeusement en direction du patron de la Française des Jeux qui expliquait à son voisin de gauche, un Malaisien sexagénaire, le théorème de Pythagore :

 

            _ « La somme des carrés de l’hypoténuse du triangle est égale à la somme des carrés opposés ! C’est pourtant simple ! », qu’il gueula, car l’autre était sourd comme une cuillère à pot.

 

            _ « Quels ortolans ? » répondit l’autre qui n’avait pas compris.

 

 

Au moment où cette phrase fut prononcée, le plateau en laiton avait déjà terminé sa course sur le tapis un peu vieux, au contraire des tasses pleines de café. Dans un moment de lucidité perverse, ces dernières décidèrent de continuer leur aimable vol en direction du crâne imbécile de Monsieur Tacotac.

 

            Le Malaisien, voyant s’approcher à une vitesse disons relative les récipients, se jeta sur le sol, il se saisit de son sac de sport, tira de celui-ci sa batte de cricket et il reprit d’une magnifique demi-volée les tasses. Par une coïncidence extraordinaire, puisque je le souhaitais, le café resta dans les tasses intactes, et ces dernières repartirent à la vitesse de tasses qui repartent vers le menuisier. Gepetto évita les objets. La poupée non. La première tasse percuta son rein droit, la seconde toucha  symétriquement le gauche.

 

 

            _ « Aïeue ! cria Gepetto, prenant de court son accolyte néphrétique. Je suis  pas de bois ! » se trompa-t-il.

 

 

C’est à ce moment précis que je me dis qu’il faudrait que je me mette lentement à écrire des scénarios valables.

 

Publié dans Skreuls

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