Jésus. Sa vie, son oeuvre

Publié le par Gonzague Loumintope

Jésus est, à l’instar de la plupart de ses contemporains, mort. S’il n’était que mort, l’histoire n’aurait rien retenu de lui ; preuve en sont d’ailleurs les quelques 70 milliards d’êtres humains[1] qui ont vécu et disparu avant nous, sans avoir eu la bonne idée de pénétrer dans ce que la bienséance nous oblige à nommer « postérité ».

 Seuls certains rares élus font aujourd’hui partie du Saint des Saints, de ces êtres immortels, de ceux qui ont en grande partie contribué à faire de cette terre ma foi fort inhospitalière un lieu de villégiature tout aussi éphémère que viable. Mais quelles sont ces exceptions aux lois naturelles ? Il y a Tino Rossi, par exemple. Ou encore Attila. Ou encore, et plus proche de nous, Henry Chapier, même s’il n’est pas encore tout à fait mort. Mais, surtout, il y a Jésus.

 

 

 

            Selon certaines sources difficilement vérifiables, Jésus est né il y a environ 2000 ans. Originaire de Bethléem, il descend par son père du roi David, lui aussi de Bethléem, le monde est petit. Jésus était Juif, ce qui, à l’époque et dans la région, ne représentait ni obstacle ni avantage, même si les Juifs n’étaient pas les personnes les plus en vue chez les Romains. Son père, Joseph, était aussi Juif, tout comme sa mère, Marie. Toujours selon ces mêmes sources, Jésus serait né de Marie alors que celle-ci ne connaissait de la chair que ce que le Talmud aurait pu lui apprendre, si elle avait su lire et, surtout, si elle avait eu le droit d’apprendre à lire. Cette histoire de vierge donnant la vie n’est pas nouvelle, puisqu’on l’on retrouve des traces de cette croyance dans le Mithraïsme, religion perse remontant au VI siècle avant notre ère, et  dont le prophète, Mithra, serait également le fruit d’une vierge, si je puis m’exprimer ainsi.

 

 

 

Les  trois quarts de la population restent persuadés que l’on ne sait rien de l’enfance du Christ. C’est faux. Un certain Thomas nous apprend que Jésus était, enfant, colérique jusqu’à l’excès. Un petit passage de son évangile : « Le maître connaissait toute l’habileté de l’enfant et il le redoutait ; il écrivit cependant l’alphabet, et quand il voulut interroger Jésus, Jésus lui dit : “Si tu es vraiment un maître, si tu as la connaissance exacte des lettres, dis-moi quelle est la signification de la lettre Alpha, et je te dirai quelle est celle de la lettre Bêta.” Le Maître irrité, le poussa et le frappa à la tête. L’enfant, courroucé de ce traitement, le maudit, et aussitôt le maître tomba sans vie sur son visage. Et l’enfant revint au logis de Joseph qui en fut très affligé, et il dit à la mère de Jésus : “Ne le laisse pas franchir la porte de la maison, car tous ceux qui provoquent sa colère sont frappés de mort.”[2]

 

 

 

Il est bien évident que l’Eglise Catholique Romaine réfute ces dires avec la véhémence habituelle des hommes de foi. Croire en de telles billevesées serait comme croire que l’on peut changer de l’eau en plomb, voire même du vin en or… En attendant, il est fort peu probable qu’un enfant Hébreu vivant dans une région sous domination romaine ait véritablement utilisé les lettres grecques Alpha et Bêta. On ne peut de fait porter que peu de crédits à ces quelques textes. En ce sens, et contrairement à ce que je viens de dire, on ne sait rien de son enfance.

 

 

 

            Le fils de l’Homme commença vraisemblablement son ministère à l’âge de trente ans. Le premier de ses miracles, selon Saint Jean, fut la métamorphose d’eau en vin lors de noces à Cana, petit village célèbre pour la vétusté de ses bâtiments. Un peu plus tard, Jésus aurait pris 5 pains et 2 poissons, les aurait coupés en tout petits morceaux et il serait parvenu à nourrir, avec ces échantillons, une foule, je cite Saint Luc, « d’environ cinq mille hommes». Il aurait en outre guéri des aveugles, des estropiés, des sourds, des malades, il aurait converti des foules et fait des dessins sur le sol.

 

 

 

Tous ces actes étaient fort peu répréhensibles. Et, en réalité, tant qu’il se cantonna à des régions que ni les romains ni les instances religieuses n’auraient pu placer sur une carte, tout allait bien pour lui et ses disciples. Mais la rumeur de l’arrivée du « Messie » gonfla à tel point qu’il se retrouva forcé de se rendre à Jérusalem, grosse ville de la lointaine banlieue sud de Ramallah. Il y alla en mulet et y fut accueilli par une foule immense, une foule des grands jours ; c’était un jeudi, on aurait pu penser que c’était un dimanche.

 

 

 

Quoiqu’il en fût, Jésus organisa un dernier repas avec des adeptes dans cette bien belle ville de Jérusalem. Une petite pièce louée par un marchand servit de cantine aux 13, car oui, ils étaient treize, les 12 apôtres et lui-même. Et cette cène est la première d’une pièce en trois actes, pièce que le maladroit auteur de ces quelques lignes tout aussi maladroites va s’efforcer de transcrire le plus fidèlement possible.

 

 

 

Avant le repas du jeudi, Jésus aurait lavé les pieds de ses disciples. Il se serait par la suite poliment lavé les mains, aurait rompu du pain, se serait servi un verre de vin, et il aurait dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. Prenez et buvez-en tous [du vin], car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance [nouvelle et éternelle], versé pour la multitude, pour le pardon des péchés ». Puis il aurait annoncé qu’un des treize allait le trahir pour quelques sesterces, que Pierre allait le renier à trois reprises et que le coq allait chanter trois fois. Les 12 (Judas les avait quittés quelques temps auparavant) se seraient par la suite mis en route vers le Mont des Oliviers, justement là où, manque de bol, les Romains faisaient une ronde en compagnie de Judas. Judas embrassa Jésus. Le « Messie » lui aurait alors dit cette phrase qui est entre temps devenue célèbre : « Tu quoque fili ? ». Les Romains auraient ensuite enlevé Jésus et l’auraient amené auprès du préfet de l’époque qui le condamna à la crucifixion après un procès que l’on pourrait, sans mauvais jeu de mots, qualifier de lapidaire.

 

 

 

Le second jour, le vendredi, Jésus aurait été forcé de porter sa croix jusqu'au sommet du mont Golgotha. Une grande différence avec la mythologie grecque est que Sisyphe avait une pierre. Une pierre, ça roule. Une croix, beaucoup moins. Jésus qui, comme nous l’avons vu plus haut, maîtrisait le grec, devait avoir connaissance du mythe de Sisyphe ; il lâcha sa croix au sommet, mais, forcément, elle ne dévala pas la pente. Il y fut cloué. A la croix, pas à la pente. Il y resta quelques heures, regardant sa mère, ses frères et ses sœurs, écoutant les Romains qui l'accrochaient tout en sifflotant : « Si j’avais un marteau… ». Au bout de trois heures, il rendit l’âme à qui de droit. On l’amena dans une concession qu’un certain Joseph d’Arimathie lui aurait peu auparavant conseillée. Il y trouva un avant-dernier refuge.

 

 

 

Au troisième jour, Jésus serait apparu à Marie-Madeleine. Là, il faut bien le dire, les informations divergent. Tous racontent que Jésus est ressuscité, certes. Mais tous ne sont pas d’accord sur « comment qu’on s’en est rendu compte ». Selon un certain, Jésus était déjà parti. Marie-Madeleine aurait rencontré à côté du caveau le jardinier, et elle lui aurait dit : « Si c’est toi qui nous a enlevé notre maître, rends-le nous ». Et là, le jardinier lui aurait répondu « Marie… » Et elle, tout de go : « Rabbouni ![3]» Ce qui, en hébreu, est un mot ridicule. D’autres parlent d’anges qui auraient parlé aux apôtres, que les femmes étaient là, mais Marie-Madeleine pas forcément. Bref, on n’est sûr de rien, sauf du fait que Jésus était bel et bien ressuscité. Du moins pendant quelques temps. En effet, quelques dizaines de jours après cet événement, il serait monté au ciel et se serait assis à la droite de son père.

 Nous connaissons la suite…

 

 

 

 



[1] Ceci n’est bien évidemment qu’une estimation.

 

[2] Evangile apocryphe de Thomas l’Israélite, datée du deuxième siècle après Jésus.  

 

[3] St Jean.

Publié dans Skreuls

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