Pêche Melba Culpa

Publié le par Gonzague Loumintope

Le jeune écrivaillon explique 

à un sien ami les raisons 

qui le poussèrent à ne pas passer le voir…

 

 

 

 

Pêche Melba culpa  

 

Pêche Melba culpa. Oui, flagelle moi, tant que tu veux, avec ta vigueur que je devine vive, sois certain que j'ai conscience que je ne mérite que cela. Mais que je te narre les raisons de mon non-passage dans ton huis, que je te remercie au passage de m'avoir proposé, pour ne pas dire ouvert.

 

À ma descente du TER Paris-Grenoble-Clermont-Ferrand-Tulles-Saint-Pierre-des-Corps-Lille-Strasbourg-Paris-Colmar-Bruxelles-Londres-Perpignan-Barbezieux-Bordeaux-Saint Jean, voilà t'y pas que deux gars endimanchés et refoulant du goulot comme un bulot alcoolique au troisième degrés s'approchent de moi et me font signe de lever les mains très haut dans le ciel, comme pour, je les cite, «montrer que deux avions s'approchent dangereusement de quelconques tours ». Moi, peu farouche, surtout à la suite du léger périple que je venais d'effectuer, m'exécute avec force vélocité. Et voilà t'y pas qu'ils me tombent dessus à bras raccourcis, prétextant un quelconque rapprochement entre le geste innocemment reproduit par mon auguste personne et la gestique, apparemment bien connue de la maréchaussée, d'un terrible terroriste albanais. Ou togolais, je ne sais plus très bien. Ils m'emmenèrent sans déménagement illico presto au poste de commissariat de police le plus proche, c'est-à-dire à une bonne demie quatraine de kilomètres, pour ne pas dire deux. Ils me harcelèrent de questions, me demandant notamment si j'avais déjà eu des rapports avec un certain André Mineur, né Mineur, qui aurait logé avec ma femme, elle aussi de sexe féminin, comme la sienne, la nature est bien faite, je le reconnais. J'avais certes déjà eu écho du bougre, et je le savais rusé de très prés, grâce aux conseils avisés de sa maîtresse, elle aussi divorcée de fraîche date, comme la mienne, le monde est petit, je l'avoue.
Je ne trahis toutefois pas le bougre, le connaissant de réputation.

Mais les corniauds en voulaient plus encore. Les maigres mensonges dont j'avais abreuvé leurs tempes agiles et menues ne passèrent pas, et il se ruèrent de plus belle sur moi, me laissant entendre que si je parlais pas, j'aurais tôt fait de me retrouver dans le premier charter à destination de Zagreb; ce que, sincèrement, je ne compris pas vraiment.

 

_« Pourquoi Zagreb ? » maugréai-je, à demi conscient.

 

_« Ah, AH…tu ne le sais pas encore. Tu verras quand tu y seras. Zagreb les yeux ! »

 

 

Pris d'une panique d'autant plus sourde que j'étais aveuglé par la colère, je restais muet. Je ne me souviens que du bruit sourd d'une bouteille de liquide de frein sur la tempe. Je perdis conscience….

 

 

 

 

Je me réveillais avec un mal de crâne d'autant plus violent que la pression atmosphérique et le vent de force 3 à 4 Beaufort laissaient présager de la pluie pour le lendemain.

                  _ « C'est la fête au paysan… » songeai-je, tout en contemplant le magnifique ciel croate qui s'offrait à moi.  J'étais sous un pont superbement orné de symboles cabalistiques qui s'offraient impudemment à mon œil aguerri. Des longues tiges soutenues par des ballons apparemment velus n'étaient pas sans rappeler les premières œuvres de Chagall. Plus loin, ça et là, des bigorneaux se faisaient enfiler par les tiges en question, tout en refusant aimablement aux ballons l'entrée de leur sanctuaire.

 

 

_ « Quelle poésie… » marmottais-je. « On n'a pas ça chez nous. » et de me mettre en chemin. Je vadrouillais allégrement, songeant que, pour peu qu'on me questionne, j'affirmerais qu'il s'agissait là d'une jolie journée. Les affres des heures précédant mon atterrissage involontaire sous ce pont zagrébois me semblaient étrangement lointaines, alors que pourtant, comme leur nom l'indiquait, elles n'étaient pas bien lointaines. Tandis que je passais devant la Basilique, une petite vieille vint me dire, en français, ce qui ne laissa pas de me surprendre :

 

 

_« Le concert de Mozart est là »

 

 

_ « Mmmmhh » songeai-je…« Basilique…Mozart est là…je me ferais bien une pizza, moi »

 

 

 

 

Après une pizza extraordinairement dégueulasse, tellement grande que je la dégustais sur le pouce, je retournais à la basilique pour voir le concert du colon. Lors de ce trajet… ma foi fort peu intéressant, si peu intéressant d'ailleurs qu'il ne doit la dénomination de trajet que parce que je veux bien la lui donner ; un trajet n'a pas besoin de péripéties particulières pour s'appeler ainsi, ce que je trouve dommage, soit dit en passant, car les trajets ne se valent pas. Il y a des bons et des mauvais trajets. Des intéressants et des pas intéressants. C'est un manque de respect envers les bons trajets que de leur donner le même nom qu'aux trajets moins bons. Je suis donc pour une débaptisation des mauvais trajets. Je les appellerai par conséquent à partir de tout de suite : skreul. Lors de ce skreul, donc, j'eus la nette impression que des yeux m'épiaient. Me retournant à plusieurs reprises, je vis que deux silhouettes tentaient maladroitement de se camoufler derrière des thuyas, ce qui, vu la taille du tronc, est à la limite de la débilité profonde. Mais je continuais mon skreul. Les apparitions se firent moins fréquentes, pour ne pas dire sporadiques. 

 

 

Le concert de Mozart fut assez chiant. Surtout que le biniou était mal accordé. Je souhaitais quand même féliciter les artistes et m'empressais subséquemment vers les toilettes pour dames, spécialement bâties à côté des coulisses, par un souci de commodité pour les musiciens. Et là, voilà t'y pas que les deux bougres de la gare St Jean de Bordeaux me retombent sur le coin du museau de la figure et vlan, vas- y que j'te cogne, et paf, vas-y que je te matraque à coup de pommeau d'arrosoir, et en ni une ni deux, en moins de temps qu'il n'en faut pour comprendre un discours de Jean-Marie Le Pen, je me retrouve au tapis. 

 

 

J'eus juste le temps de voir que le trompettiste avait la varicelle. Je perdais connaissance.

 

 

 

 

Je me réveillais en même temps que mon cerveau. Ce n'était bien évidemment pas la première  fois ; mais cela me plut fortement. Alors que je me disais que Zagreb puait autant que ma bien belle ville natale, j'ouvrais les yeux et remarquais estourbi que la ressemblance ne s'arrêtait pas à l'odeur. J'étais dans une ruelle qui était en tout point identique à celles que mes pieds avaient foulées, enfant, alors que je me gargarisais de soupes de poissons, sous l'œil réprobateur mais amusé de la tenancière du bordel dont j'étais à la fois visiteur et client occasionnel.

 

 

_ « Comment cela se puisse donc être ? soufflai-je. Hier encore, j'avais vingt ans, je caressais le temps, et jouais de la vie comme on joue de l'amour, et je vivais la nuit, sans compter sur mes jours qui fuyaient dans le temps » ne puis-je m'empêcher de murmurer,  prenant à témoin un chasseur qui passait justement par là. Je demandais alors à une vieille qui vendait des tours Eiffel en faux cuivre l’heure du jour et le jour en question.

 

 

_ « Le 19 heures 10 du 14 octobre. Dépêchez-vous. France 3 Aquitaine commence dans 2 minutes ! ».

 

 

_ « QUOI !?! Vociférai-je. Vous n'auriez pas pu me le dire plus tôt ?!?! »

 

 

J'avais 21 minutes et des harengs pour choper mon train. Par chance, j'étais aux Capucins. Le trajet se fait en un coup de cuillère à pot. Je prenais le train qui devait m'accompagner à Paris Gare Montparnasse, d'où je pris la navette qui m'amena à Orly, d'où je pris l'avion pour Berlin.

 

 

Bref, comme tu peux le voir, cher ami, ce n'est pas de ma faute. Je suis de retour à Berlin. Mais, connaissant ta magnanimité, je sais que tu ne m'en tiendras pas grief.

 

 

Publié dans Pseudo Aventures

Commenter cet article