Séminaire

Publié le par Gonzague Loumintope

Séminaire

Mes très chers étudiants,

Mes très chères étudiantes,

Mes très chers futurs collègues, je l’espère, du moins, sauf le gros barbu du fond, là, à droite, oui, toi, là

 

            Je tiens avant toute chose à vous remercier de vous être déplacés si nombreux en ce jour de la Saint André. Comme vous le savez, l’époque que nous vivons est une époque troublée par les événements que nous connaissons, tant et si bien qu’il n’est pas besoin de les citer, ces événements, qui nous troublent, pourtant, et ce dans la période qui, déjà trouble sans événements troublants, nous trouble, ce qui n’est pas pour nous calmer, justement, malgré la clarté induite par quelque professeur d’université, enclin dans un moment de lucidité toute aussi salutaire que soudaine à abreuver la soif inextinguible d’étudiants férus de connaissance et d’autres choses que la bienséance nous interdit toutefois de mentionner.

            Votre choix, excellent soit dit en passant, s’est porté sur mon séminaire, et je vous en remercie chaudement et de vive voix, avec ce ton légèrement péremptoire auquel il faudra vous habituer, je sais, ce sera dur, mais comme disait Micheline Presle : « Ce n’est pas parce que c’est gros que c’est pas beau ». Elle avait bien raison, la gueuse. En aparté, je tiens à ce que vous remarquiez qu’elle fut une des premières à remettre en cause la théorie de Joséphine (épouse de Napoléon) « Plus c’est petit, plus c’est mignon », thèse légitimement soutenue quand on voit son mari. Cette vérité de basse-fosse, où la patte de Micheline est entre mille reconnaissable, nous fait apercevoir des chemins nouveaux, des chemins de traverse, qui, pour citer Francis Cabrel, sentent bon la bohème et le voyage.

            Le champ dans lequel nous musarderons est celui de la philosophie arboricole, cela vous le savez déjà. C’est un vaste champ, que nous tenterons de travailler le mieux possible, jusqu’aux récoltes que je souhaite excellentes. Sauf pour le gros barbu au fond, oui, toujours toi. La littérature est abondante, les dangers fréquents, les pièges foisonnent, il vous faudra toujours être aux abois et la caravane passe.

Mais passons sans tarder aux thèmes du jour : Jean-Philippe Rameau, André Mineur et Patrick Chêne.

            Vous n’êtes pas sans le savoir, Jean-Philippe Rameau était un grand compositeur de musique de chambre. Son œuvre n’est pas loin d’être insignifiante, elle est toutefois relativement importante.

            Jean-Philippe Rameau est né il y a environ longtemps et est mort un peu plus tard, toujours au même endroit, à moins que cela ne fut légèrement plus au sud, les exégètes planchent encore dessus.

            Son enfance fut terrible. Il subit les quolibets de ses camarades, enclins à ne voir en lui qu’un nom, raillant celui-ci à qui mieux-mieux, allant du « Rameau de la Méduse » à « Rameaunichel » en passant par « eh ! Rameauneur ! » et par la Lorraine. Ces déboires firent prendre conscience à son géniteur que l’école était un lieu dangereux pour son rejeton. Il engagea dès lors une nourrice qui l’éduqua du mieux qu’elle put, à savoir mal. A l’instar d’un Sartre encore babillant, le petit Rameau regardait souvent son lettré de père en train de feuilleter les innombrables bouquins qui jonchaient les étagères de par trop poussiéreuses d’une chambre devenue pour le gnard un refuge bienheureux. Après plusieurs années d’observation empreinte d’une admiration calfeutrée, l’idée lui vint à l’esprit de regarder, justement, à l’intérieur de ces mystérieux objets dont il croyait qu’ils contenaient bien plus qu’un simple passe-temps futile. La légende veut que le premier bouquin qu’il ouvrit fût un recueil de partitions de Verdi. Notons l’anachronisme extraordinaire, et passons à la légende suivante.

La nourrice qui s’était occupée du marmot n’avait pas décelé chez le petit ses prédispositions à la lecture des notes de musique. Mal lui en prit, car, selon une autre légende, le premier recueil qui lui échut fut celui de Pachelbel. Pour les incultes qui ne connaîtraient pas ce compositeur (c’est toi, le gros, là, qui est visé. Oui, oui...toujours toi) Pachelbel est l’inventeur de la daube musicale. Mais, étant le premier, on lui pardonne.

Incontinent devant cette suite obscure de points ronds blancs et noirs, de clefs de sol, de fa, de douze et d’ut, le petit Jean-Philippe qui commençait à grandir à la vitesse que seule pourrait atteindre la navette Columbia si celle-ci n’était pas malencontreusement rentrée dans l’atmosphère, le petit Jean-Philippe, donc, se décida à apprendre seul cette langue qu’il devinait merveilleuse. Pour ce faire, il lui fallait un dictionnaire (vous remarquerez que ça rime), dictionnaire qu’il trouva dans la bibliothèque de son père, oui, je sais, ça rime toujours.

Sa première symphonie, vous le savez, ou du moins, vous êtes censés le savoir... le gros, là haut, c’est quoi la première symphonie de Rameau ? Oui, je sais, la probabilité que je te pose cette question à toi est assez faible, vu que vous êtes à peu prés 524 dans l’amphithéâtre, mais c’est à toi que je la pose... Alors ? Mmmmm ? Non, ce n’est pas la symphonie Truand. Ignare !

Un léger aparté dans cette biographie de par trop exhaustive : un petit texte accompagnant la première symphonie pour flûte de panda en bois d’eucalyptus...

 

« Ô toi, panda ! Tu grimpes à l’arbre, insouciant.

Les dangers, tu ne les connais point ! Tu es trop

Crétin pour voir les chasseurs Brönté qui, méchants,

Jane Eyre dans la forêt et qui veulent ta peau [1]»

 

Le texte que je viens de vous lire fait figure de ce que sera l’oeuvre du compositeur. Ennuyeuse, rébarbative, mais toute empreinte de cette naïveté commune aux arbrophistes.

 

Nul n’est prophète en son pays, comme disait Jésus. Ce n’est pas à Delhi que le Mahatma grandit, aurais-je tendance à préciser. Et, de même, ce n’est pas à St. Foulzy que le petit Rameau poussa. Le petit Jean-Philippe, sentant qu’il pouvait devenir quelque chose de grand, quitta ses pénates un matin brumeux de Brumaire, ayant en tout et pour tout dans sa besace une lampe de poche et le carnet des anciens élèves de l’école publique « Paul Presboit » de Chantilly-sur-Sarthe.

Il partit donc en Italie, en général, car son costume d’officier était au pressing, et à Rome en particulier. Il y suivit des cours de musique de chambre, ce qui, en soi, était assez exceptionnel à l’époque pour un jeune aussi jeune, pour ne pas dire un jeune d`un âge si peu avancé. Après ce léger périple, le jeune J.P, comme on le surnommait à l’époque, rentra à Clermont-Ferrand où il organisa des choses et d’autres, on ne sait pas trop, mais quoi qu’il en soit, cela avait un rapport avec la musique. Puis il prit la route de Dijon où il rencontra la Marjolaine avant de repartir pour Paris. Bon, voilà, ça, c’est pour la biographie. Les œuvres maintenant.



[1] Symphonie pour flûtes en bois d’eucalyptus, chapitre premier, St Foulzy les Barbelés, cedex 12.

 

Publié dans cours universitaires

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