Concours

Pour toi.

Commentaires

Vendredi 26 octobre 2007

Un test tout simple.

 

Je voudrais tout simplement savoir combien de personnes cliqueront sur ce lien:

 

http://loumintope.blog.lemonde.fr/

 

qui se trouve être mon autre blog, que j'aime bien et qui est régulièrement mis à jour, contrairement à celui-ci, comme les plus perspicaces d'entre vous l'auront déjà remarqué.

 

Bientôt viendra une nouvelle aventure, celle de Jocelyne, secrétaire chez Emitronic, et de sa maman, pas secrétaire.

Bien à vous,

 

Supérieurement vôtre,

 

Gonzague

 

 

 

Par Gonzague Loumintope - Publié dans : cours universitaires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 25 octobre 2007

Or, tout en déambulant, je remarquais un extincteur. Rouge, propre sur lui, il semblait avoir été déposé là par quelque employé méticuleux ; placé entre la cabine téléphonique et le transistor, il était, en effet, tout à son aise.

 

            La géographie du lieu n’était pas sans me rappeler ma Nièvre natale. Rassurante et perturbante, cette transposition fugace. On était tout de même à Cracovie, et les réminiscences de ce passé florissant qui m’avait vu grandir fouettait mes convictions et courbait mon entendement. Où étais-je, en fait ?

 

Sur le terrain vague faisant face à la mairie, quoiqu’il en fût, le meeting battait toujours son plein. Je m’assis donc sur un tabouret prévu à cet effet, attrapais avec une retenue de circonstance mon gobelet plein de pop-corn et je savourais le spectacle.

 

 

La publiciste tentait, polycopiés à l’appui, de prouver que le cacao « BUVÉMOI » était bien meilleur que le « MANGÉMOI ». C’était Winnie l’Ourson qui discutait avec Rintintin.

 

            _ « BUVÉMOI, disait Winnie, remplace le miel qui se fait rare ces derniers temps. Changement climatique oblige ! »

 

            Rintintin, les oreilles rabattues en signe de regret, devait bien se rendre à l’évidence et murmurait dépité :

 

            _ « MANGÉMOI ne remplace pas mes croquettes… »

 

 

L’assemblée applaudit poliment, mais on voyait bien au visage simiesque du patron de la Française des Jeux, convié pour l’occasion, que la joute chocolatière le passionnait autant que les résultats des examens d’urine du Dalaï-lama.  Le PDG se leva et ordonna un vote à mains levées. Après un « non » retentissant, Tina, la publiciste, laissa sa place à une espèce de Gepetto endimanché dont le charisme n’était pas sans rappeler celui d’un saumon.

 

            C’est à ce moment là que cela se produisit.

 

 

Juste après l’entrée de l’homme tout de bleu et de paillettes vêtu, poupée de bois sur l’épaule, la secrétaire, qui avait suivi, se prit les pieds dans la moquette et le fin plateau en laiton qu’elle portait du bout des doigts s’envola joyeusement en direction du patron de la Française des Jeux qui expliquait à son voisin de gauche, un Malaisien sexagénaire, le théorème de Pythagore :

 

            _ « La somme des carrés de l’hypoténuse du triangle est égale à la somme des carrés opposés ! C’est pourtant simple ! », qu’il gueula, car l’autre était sourd comme une cuillère à pot.

 

            _ « Quels ortolans ? » répondit l’autre qui n’avait pas compris.

 

 

Au moment où cette phrase fut prononcée, le plateau en laiton avait déjà terminé sa course sur le tapis un peu vieux, au contraire des tasses pleines de café. Dans un moment de lucidité perverse, ces dernières décidèrent de continuer leur aimable vol en direction du crâne imbécile de Monsieur Tacotac.

 

            Le Malaisien, voyant s’approcher à une vitesse disons relative les récipients, se jeta sur le sol, il se saisit de son sac de sport, tira de celui-ci sa batte de cricket et il reprit d’une magnifique demi-volée les tasses. Par une coïncidence extraordinaire, puisque je le souhaitais, le café resta dans les tasses intactes, et ces dernières repartirent à la vitesse de tasses qui repartent vers le menuisier. Gepetto évita les objets. La poupée non. La première tasse percuta son rein droit, la seconde toucha  symétriquement le gauche.

 

 

            _ « Aïeue ! cria Gepetto, prenant de court son accolyte néphrétique. Je suis  pas de bois ! » se trompa-t-il.

 

 

C’est à ce moment précis que je me dis qu’il faudrait que je me mette lentement à écrire des scénarios valables.

 

Par Gonzague Loumintope - Publié dans : Skreuls
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 16 août 2007

RIONS UN PEU SUR LE PSG[1]

 

 

Parlons foot. Si, une fois n’est pas coutume, parlons foot et essayons de comprendre le PSG.

 

Le Paris-St-Germain est un club de foot fondé en 1970 après une fusion entre un club et un autre dont le nom m’échappe malheureusement à l’heure où je prononce ces quelques lignes. En 1974, le club monte en première division. Bon, jusque là, c’est compréhensible, quoique…certains clubs ont 100 ans et n’ont jamais atteint la troisième division. Le RC Maubeuge, par exemple.

Bref, les premières heures de gloire du PSG sonnent parfois à coup de pourquoi au début des années 80, avec deux coupes de France. En 86, le club est pour la première fois champion. Cet exploit sera renouvelé pour la seconde et dernière fois en 1994. Les années 90 sont d’ailleurs en France frappées du sceau PSG, une équipe qui, de par ses exploits, parviendra même à remporter en 1996 une Coupe des Vainqueurs de Coupe, la finale étant jouée à guichets fermés dans une ambiance de feu contre la fabuleuse équipe du Rapid de Vienne, surnommée fort justement à l’époque le Brésil autrichien.

Cette compétition était si dure, si longue et si éprouvante qu’elle sera, en raison de la pression insoutenable et du risque de dopage en découlant, supprimée trois ans plus tard par l’UEFA. Il n’empêche, le PSG l’a gagnée, cette coupe, et son nom est gravé pour l’éternité entre celui du FC Magdebourg et celui du non moins redoutable FC Tbilissi. La France peut donc se targuer grâce à cet exploit de faire partie des nations ayant décroché cette fameuse C2, au même titre que la Géorgie.

 

 

La même année, le PSG, assoiffé de titres, ne s’arrête pas en si bon chemin et joue la Supercoupe d’Europe, celle qui voyait traditionnellement s’affronter le vainqueur de la Ligue des Champions (en 1996, la Juventus de Turin) et celui de la Coupe des Coupes.

 

Hélas ! Ce sont deux jours apparemment sans, pour les parisiens, qui, rudement éprouvés par la finale de C2 âprement disputée face un adversaire des plus redoutables, s’écroulent et perdent 6-1 au Parc des Princes avant de sauver l’honneur au retour en ne perdant que 3-1.

 9-2 sur l’ensemble des deux matchs. Un exploit qu’aucune équipe n’égalera jamais, la Supercoupe se jouant à présent entre le vainqueur de la coupe de l’UEFA et celui de la Ligue des Champions  sur un seul match.

 

 

En Europe, Paris fait peur. Et sur le plan national, le PSG reste une référence. Avec ses deux titres de champion, il titille en effet le FC Sète et pourrait faire de même avec l’OGC Nice, s’il venait un jour prochain à remporter un nouveau titre.

 

Le PSG fait partie de ces rares équipes tous les ans favorites pour le titre de champion de France, et ce quel que soit le classement de la saison précédente. Le PSG est ainsi favori cette année, alors qu’ils ont terminé la saison dernière à une honorable 15° place, et qu’ils avaient vaillamment  conquis les 9° et 11° les deux années précédentes.  

 

Le PSG (je me répète, je sais) est le seul club à avoir une chronique régulière dans l’Equipe, une chronique dans laquelle on apprend, par exemple, que tel joueur remplaçant se sent bien, qu’il est parisien dans son cœur et qu’il a fait le bon choix en signant à Paris, même si le club n’a plus le standing de 1994, mais que ça reste un grand club, et que ceux qui prétendent le contraire sont jaloux des nos deux titres de champion, et que les kinés sont sympas, et qu’il y une bonne ambiance malgré l’élimination face à Skopje au premier tour de la Coupe Intertoto et que non, le match nul à Metz ne remet pas en question son avenir au sein de l’équipe réserve.

 

Bref, le PSG est l’EQUIPE, en France. Et si je continue de suivre la Ligue 1, à mes heures perdues, c’est pour elle que je le fais.

 

 



[1] Je sais, c’est  facile, mais c’est quand même drôle.

 

 

Par Gonzague Loumintope - Publié dans : cours universitaires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 27 juillet 2007
Moi, ce que j’en dis, c’est qu’ils devraient faire attention et se renseigner avant de partir. Mais bon, apparemment, ils équatoriens.
 

"I’d rather be a sparrow than a snail, Yes I would, if I could, I surely would, I’d rather be a hammer than a nail, Yes I would, if I only could, I surely would… "

Par Gonzague Loumintope - Publié dans : Skreuls
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 22 juillet 2007

Cher lecteur,

 

Foin de fariboles aujourd’hui, l’heure est grave.

 

Tu l’ignores peut-être, lecteur, mais en plus d’être un excellent écrivaillon, je suis également un merveilleux philosophe doublé d’un fabuleux sociologue. Relativement enclin à rechercher dans la philosophie, c’est-à-dire dans l’étude et non dans son résultat[1], des tenants et des aboutissants, je n’en reste pas moins indépendant et tente de fait d’élaborer des théories propres. Je te l’avoue, lecteur, et ceci n’est pas facile à admettre, il n’est pas évident de personnaliser ses pensées tant l’Histoire et son corolaire, la réflexion sur l’Histoire, ont apporté des théoriciens merveilleux qui se sont déjà penchés sur les problèmes tout aussi éternels qu’inhérents au développement de la misérable et répugnante race humaine.

            Or, rencontre de l’environnement rugueux germanique oblige, il m’est à plusieurs reprises arrivé de m’interroger sur la société, les sociétés, en fait, sur leur apparition, leur origine et, surtout, sur leur pérennité.

 

Partant du principe de base que l’Homme est instinctivement poussé vers les autres, autrement dit, que c’est l’instinct grégaire qui créait les sociétés, primitives ou non, la question du « pourquoi » du rassemblement un peu tribal de populations pourrait facilement être balayée d’un revers de main. Cependant, il serait un peu simple, voire simpliste, de ne voir dans l’apparition de troupeaux humains que le fruit de cet instinct : malgré celui-ci (il existe), il y a toujours une raison ou un but. Tu n’es pas sans le savoir, lecteur, il y a sur ce point-ci, en raccourcissant et ciblant au maximum, deux écoles totalement opposées : l’aristotélicienne et la hobbesienne.

 

            Selon Aristote, les hommes se réunissent car ils sont sociaux, à la recherche d’un plaisir commun. La société est une forme harmonieuse, on ne peut plus logique, forme résultant de la nature  sociable « au plus haut degré » de l’humain[2]. (C’est la raison) Autrement dit, et pour reprendre les termes d’Alain, les Hommes sont « citoyens par nature »[3]. Cette vision un peu naïve et optimiste de la nature humaine fut remise en cause assez logiquement, quoique tardivement, par Hobbes.

 

            Pour Hobbes, au contraire, les êtres humains se côtoient pour se protéger du milieu  dans lequel ils se meuvent et/ou des autres humains[4]. Ces derniers constituent en effet une menace permanente, menace pouvant être tempérée, voire éradiquée (C’est le but) par un rassemblement volontaire de personnes décidées à rester en vie le plus longtemps possible : un contrat de survie passé entre des gens, en quelque sorte, pour reprendre en les déformant un peu les termes de Wolfgang Sofsky sur le Léviathan.[5] La peur et la violence sont à l’origine de la société. 

 

            Je suis, tu t’en doutes peut-être, lecteur, défenseur de la théorie hobbesienne. Je ne puis arriver à considérer que l’Homme est citoyen par nature. Je suis assez défenseur de l’Etat en tant que pouvoir régulateur des Hommes qui, sans ce dernier, seraient livrés à eux-mêmes et n’auraient comme règles de conduite que la survie immédiate et la satisfaction des besoins primaires ; d’où une fabuleuse violence et une certaine anarchie dans le développement (inexistant) des sociétés. (Le terme « anarchie » est ici utilisé dans le sens généralement admis par le peuple, à savoir sa définition apolitique : « Bordel intégral »). Je suis également et de fait pour une plus forte emprise de l’Etat sur les institutions, le capitalisme sauvage étant, selon moi, un retour à la barbarie originelle, à la loi du chacun pour soi - plus structurée, toutefois, et donc plus violente. Je ne suis pas foncièrement contre les hiérarchies, tant que celles-ci sont raisonnées et ne relèvent pas du religieux, de l’oligarchie ou encore du népotisme.  (Je reviendrai dans un prochain billet sur ce point, ce n’est pas le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui.)

La société est donc, selon Hobbes et moi-même, en plus d’un cheptel humain de toute façon grégaire, le résultat de la violence et de la volonté de parer celle-ci. Nous en arrivons ici au point qui nous intéresse, à savoir, a posteriori, le maintien des sociétés. 

 

 

 

 

            Lecteur, ô lecteur, tu te demandes probablement pourquoi je me décide tout à coup à laisser de côté ce style absurde, quoique sensé, qui fit ma gloire, pourquoi je renonce le temps d’un aparté tout aussi philosophique que sociologique à mes histoires lacrymales, mielleuses et acerbes. Je te comprends, lecteur, et je m’en vais de mon pas aguerri éclairer ta lanterne. 

Hier au soir, aux alentours de 22 heures, je discutais posément avec un mien ami- que je soupçonne d’être allemand- devant un bar quelconque de Berlin, grosse ville à deux heures en voiture, quatre en Trabi, de la frontière polonaise. Une bière dans une main, une cigarette dans l’autre, nous devisions chasse à courre et gymnastique rythmique sportive, lorsque nos propos se détournèrent assez logiquement des primes sujets, relativement falots, soyons honnêtes, pour en arriver finalement aux origines sociales de la méprisable et pitoyable race humaine. Je lui faisais alors part de mes réflexions. Laissant de côté les origines (que je ne remets pas en cause) citées plus haut, la question de l’apparition et du maintien des sociétés pérennes, c’est à dire des civilisations, celles qui n’ont plus besoin de lutter pour leur survie immédiate, que ces civilisations soient encore « vivantes » ou qu’elles aient déjà disparu, cette question, disais-je donc, fut abordée.

Je soutenais avec virulence, quoique les éléments probants me manquaient sur le coup et que nous avions tous deux bu plus que de raison, que le maintien et la pérennité de ces sociétés étaient d’obédience culinaire, si tu veux bien me passer l’expression, lecteur. (Je vois ton sourire incrédule et légèrement moqueur, lecteur- je ne t’en tiens toutefois pas grief. Mon compagnon de beuverie eut le même regard et le même sourire condescendants.) Que les sociétés sont bâties autour du rituel de la bouffe. Mais au-delà de la simple sustentation, c'est-à-dire du besoin, c’est l’art culinaire, sa mise en pratique et son rythme qui encadrent les sociétés.

Prenons un contre-exemple, une société barbare : les Etats-Unis. Les rituels sustentateurs y sont des exceptions. Thanksgiving est un exemple, mais il est isolé. Le quotidien américain n’est pas rythmé par les repas, leurs préparations, ni même par une quelconque culture culinaire ; les plats américains sont, dans l’ordre de préférence, les hamburgers (qui viennent, comme leur nom l’indique, d’un marchand originaire de Hambourg. En Allemagne. Je le précise pour les imbéciles. Mais les imbéciles ont en principe déjà arrêté de lire) et les pizzas, qui viennent, comme leur nom le laisse à penser, d’Italie, et même de Naples, si l’on veut être précis.

On me dira que cet exemple prouve que ma théorie est fausse, puisque la civilisation américaine est stable. Je l’avoue, on pourrait trouver quatre exceptions à ma théorie. Les Etats-Unis d’Amérique, l’Australie, le Canada et l’Afrique du Sud. MAIS ces quatre exceptions n’en sont pas. Pourquoi n’en sont-elles pas ? Tout simplement par ce que ces sociétés ne sont pas des civilisations stricto sensu, que leur point de départ est totalement différent des « vraies »[6] civilisations. En effet, alors que les sociétés traditionnelles (européennes, africaines, sud-américaines, asiatiques dans le sens le plus large du terme) ont eu, à l’origine, à lutter contre leur environnement direct afin de se former, les sociétés des quatre pays précités[7] ne sont que des conglomérats exterminateurs de sociétés préexistantes.

Anglais, Hollandais, Espagnols, Portugais, Français, tous se sont unis sous la bannière européenne pour joyeusement détruire et massacrer des pans entiers de populations autochtones afin de bâtir sur les territoires desdites peuplades de nouvelles sociétés copiées sur celles déjà existantes en Europe. Autrement dit, les quatre sociétés susmentionnées sont, sans toutefois être précises, européennes. Le mélange de ces populations coloniales a amené à une non-cohésion dans les pratiques culinaires, chacune de ces populations ramenant avec elle un bagage gastronomique différent de celui de son voisin. D’où l’absence généralisée et homogène, sur ces territoires, de culture de la bouffe, en particulier, et de culture en général.

Jusque là, j’ai raison, lecteur. Mais attends, ce n’est pas tout. Je n’ai pas vraiment abordé le sujet qui nous intéresse. Lis jusqu’au bout, et tu verras. Je sais, c’est un peu long, mais le jeu en vaut la chandelle. 

 

Alain soutient que « le sommeil est bien plus tyrannique que la faim », ce en quoi il a parfaitement raison. Je cite souvent Alain, il ne faut pas trop m’en vouloir. Une petite citation du philosophe : « On conçoit un état où l'homme se nourrirait sans peine ; mais rien ne le dispensera de dormir, si fort et si audacieux qu'il soit, il sera sans perceptions, et par conséquent sans défense, pendant le tiers de sa vie à peu près. Il est donc probable que ses premières inquiétudes lui vinrent de ce besoin-là ; il organisa le sommeil et la veille : les uns montèrent la garde pendant que les autres dormaient ; telle fut la première esquisse de la cité »[8]

On pourrait une nouvelle fois croire que je suis dans la panade avec ma théorie, puisque s’il dit vrai, les rituels premiers formant les sociétés relèveraient du sommeil et de son domptage. Quid de la boustifaille ? L’organisation du sommeil, voilà le premier rite, la première articulation[9].

Je l’ai déjà dit, et si tu m’avais correctement lu tu ne ferais pas cette réflexion malvenue, je ne parle pas du rite de la bouffe comme premier rite mais comme facteur de la pérennité des sociétés, de l’articulation de celles-ci. Il me semble en aparté un peu hardi de la part d’Alain de placer l’apparition d’un rituel avant celle d’un autre, comme s’il fallait absolument avoir une chronologie dans les événements. Il semble au contraire bien plus probable que les deux rites soient apparus au même moment.

Mais la réflexion d’Alain nous amène à nous poser une autre question, celle de savoir si l’articulation de la société pérenne est davantage basée sur l’organisation du sommeil que sur celle des repas. Alors, Morphée ou Gargantua ? La question est ma foi fort bonne, je sais, c’est moi qui l’ai posée.

Qu’est-ce qu’une société ? Mmm ? Effectivement, tu as raison, lecteur, une société est un « état particulier à certains êtres qui vivent en groupes plus ou moins nombreux et organisés [10]». Ils vivent en groupe. Ils ne dorment pas en groupe, ou alors si, mais c’est le fait de vivre en groupe qui caractérise la société et non pas le fait de dormir tous ensembles. Dès lors, et même si le rite du sommeil est le premier, comme Alain le prétend, c’est l’organisation de la vie éveillée qui fait d’une société ce qu’elle est. D’où la bouffe et son organisation.

Une société, en plus d’être un groupe, est également un rythme. Attaquez la France de toutes vos forces entre midi et deux heures, vous êtes sûrs de remporter une victoire écrasante. Cette culture gastronomique est à la fois la force et la faiblesse d’une nation, d’une civilisation. On pourrait bien sûr me rétorquer, ce que mes détracteurs ne se priveront pas de faire, qu’une société est bien plus que cela. Je le sais bien et ne le remets pas en cause. Mais je parle d’organisation, pas d’ensemble, je parle de la base.

L’art, la philosophie, toutes ces choses somme toute secondaires, voire inutiles, ne peuvent voir le jour que dans une société déjà organisée, avec un rythme Or, ce que je prétends, c’est que ce  rythme de base est culinaire. La journée est découpée en deux. La matinée est séparée de l’après midi par un repas. De cette césure quotidienne, de même que de certaines traditions telles que l’apéritif ou les repas de famille qui s’éternisent et à la fin desquels on chante en chœur « Ah, le petit vin blanc !», naît une conscience collective, un esprit du peuple, si l’on veut. Ces repas ou traditions culinaires sont les points de repère du quotidien, ce sont les balises de la journée, les cairns de lendemains heureux et enchanteurs.

Chaque nation, chaque civilisation a ses rythmes, ses coutumes gastronomiques, et c’est en fonction de celles-ci que s’articulent non seulement le jour le jour, mais également les planifications des jours suivants… On pourrait même aller encore plus loin, ce que je ne ferai toutefois pas, il commence à se faire tard, mais en parlant de planifications, ca me fait penser que le fait d’aller faire des courses pour préparer un repas est également un rituel qui prend un peu de temps et beaucoup d’argent. Avant d’avoir des supermarchés, on organisait aussi sa vie en fonction des jours d’ouverture des marchés ou du passage du marchand de volailles ambulant… et de cette mise en place du temps naissaient de nouvelles traditions et de nouveaux rituels. 

Voilà ce que je dis, et je sais que j’ai raison : toutes les civilisations sont articulées autour des repas.

Merci de ton attention, lecteur. J’attends ta réaction.

Gonzague.



[1] Que je m’explique: les voies empruntées par les philosophes sont pour moi bien plus importantes que les conclusions que ces derniers tirent de leurs balades intellectuelles. Pourquoi ? me direz-vous. Parce que je réutilise ces voies dans mon sens et la synthèse de celles-ci m’éclaire davantage qu’une vérité ou un point déjà atteints ou acquis. C’est clair ? Bon.

[2] Aristote, Les Politiques (Mais j’ai pas la page sous les yeux, là)

[3] Alain, Propos sur les Pouvoirs (Là non plus)

[4] Hobbes, Thomas, Le Léviathan.

[5] Sofsky, Wolfgang, Traktat über die Gewalt, P7

[6] Sans échelle de valeur.

[7] Dans une certaine mesure, l’Amérique du Sud également, mais les destructions moins massives ont permis de perpétuer certains rites originels.

[8] Alain, Propos sur les Pouvoirs. (Je promets que je chercherai la page)

[9] Tu auras remarqué, lecteur, que j’ai mis de côté l’aspect sécuritaire, considérant celui-ci comme déjà dépassé. Je parle de pérennité, pas de survie immédiate. Je tenais juste à le repréciser.

[10] Petit Robert, Edition 2002.

Par Gonzague Loumintope - Publié dans : cours universitaires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 21 mai 2007

Les enfants jouaient toujours avec l’anguille que le plus gros d’entre eux, un dénommé Henri-Charles, avait caché dans son maillot de bain. Les maîtres nageurs, les MNS, comme on dit dans le jargon, étaient tant absorbés par leur partie de crapette qu’ils n’avaient pas aperçu l’animal.

 

 

Henri-Charles, garçonnet grassouillet au physique rappelant vaguement celui de Michel Galabru, avait fait entrer le poisson en douce, espérant, comme à chaque fois, qu’une découverte de ce type changerait le regard biaiseux et teinté de condescendance infantile des autres garnements- sans pour autant attendre de la clique en question autre chose qu’une reconnaissance tacite. « Foin d’effusions ! » était le Credo d’Henri-Charles. Il était le souffre-douleur de la troupe. Sa trouvaille devait faire changer les choses. L’anguille devait servir de sésame

 

 

La cruauté enfantine se développe aux alentours de 7-8 ans. Auparavant, c’est la curiosité qui prime. Mais cette curiosité ne laisse absolument pas sa place à la cruauté, bien au contraire ; elle l’accompagne sournoisement, comme la faux accompagne la mort, les nausées la grossesse, le ketchup les frites. L’inventivité à cet âge est merveilleuse. Elle est également la plupart du temps involontaire, ce qui explique l’absence généralisée de remords lorsque les actes sont répréhensibles ou considérés comme tels.

 

 

Au moment où l’anguille, sous les « hourrah » de la troupe, dépassa la troisième bouée, Kévin, petit mais trapu garnement et qui faisait office, en l’absence de plus barraqué, de chef, Kévin, disais-je donc, sauta du bord du bassin et s’écrasa gaiement sur ladite bouée. L’animal effrayé se fraya un passage entre les jambes imberbes des garçons, elle dévala à grandes enjambées circonspectes les marches du perron, glissa sur un glacon oublié là par un vendeur distrait, elle pénétra dans le conduit d’écoulement et termina sa vie en sushi.

 

 

Du moins, à en croire les morceaux de viande qui surgirent après seulement quelques minutes de la pompe de gauche, l’anguille n’avait eu que peu de chances face aux lames acérées du sanibroyeur que les employés municipaux avaient ludiquement fait installer l’été précédant. Après un instant d’incrédulité morbide et de fascination du même tonneau, les gamins se ruèrent sans coup férir vers les séquelles piscicoles et ils entamèrent une bataille toute aussi rangée qu’enjouée avec les lambeaux de chair relativement tendres de feu l’animal. C’était émouvant comme un concerto de Bach, touchant comme une Madone de Raphael, charmant comme un petit matin d’été, quand les oiseaux pioupioutent innocemment la mélodie du bonheur sur de frêles arbustes aux branches chargées de baies gorgées de jus de baie.

 

 

Les MNS, troublés dans leur partie de cartes, gueulèrent de concert un « Suffit !» aussi vigoureux que s’il avait été asséné par Stephen Hawking, et leurs nez respectifs replongèrent dans les valets de trèfle et les huit de carreau.

 

 

Kévin, debout sous le panneau « Il est interdit de faire pipi dans le bassin ! » observait le Verdun aquatique avec la fierté et la bonhomie du chef. Après quelques secondes, il sourit, s’approcha doucement d’Henri-Charles qui était sorti de l’eau, il lui tapota sur l’épaule.  « Je suis fier de toi, annonça de manière un peu péremptoire le garcon au poissonier occasionnel. A partir d’aujourd’hui, tu n’es plus Henri-Charles. Tu es « Big Fish ». Accepte ces quelques peintures de guerre. » Et Kevin barbouilla à l’aide d’un morceau d’anguille les bajoues déjà visqueuses du nouvel adepte.

 

 

La courte cérémonie d’investiture terminée, le regard embué de larmes, « Big Fish » se retourna vers les autres, vit comment ils lui souriaient, des filets de chair pendouillant encore de leurs cheveux mouillés. Les gamins se dirigèrent alors vers lui, furent obligés de se mettre à 5 pour le soulever, puis ils le transportèrent en héros dans les vestiaires tout en chantant : « Il est des nô-ôtres! »

 

 

Par Gonzague Loumintope - Publié dans : Pseudo Aventures
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 8 mars 2007

La nuit dernière, Raymond Aron m’est apparu en songe.  

 

J’étais comme à l’accoutumée allongé sur le dos, renâclant tout mon soûl, lorsque je sentis soudain une brise froide et humide d’autant plus étrange que j’étais certain d’avoir fermé les fenêtres et tiré les rideaux en coton vert.

            _ « Maman ? » que j’appelais ma maman, connaissant sa propension à visiter mes rêves, surtout quand il fait froid et que je n’ai plus de chaussettes.

 

            _ « Gonzague ! » murmura une voix masculine comme sortie d’outre-tombe. 

 

Rasséréné, j’ouvrais les yeux. Au dessus de moi, comme tenu par le fil de l’imagination, Raymond Aron flottait, dans un grand drap aux couleurs du Danemark. Il avait ses deux bras tendus en avant, comme un plongeur, et les jambes écartées, comme un nageur. Il me fallut quelques secondes avant de le reconnaître. Ce sont ses oreilles qui me mirent sur la voie. 

 

            _ « Telly Savalas ! » ne pus-je m’empêcher de murmurer. Le cigare y jouait pour beaucoup.

 

            _ « Non, Gonzague. Je ne suis pas plus commissaire de police que toi taxidermiste. C’est moi, Raymond, te souvient-il ? » termina l’apparition.

 

Je m’ébrouais un peu. Bizarrement, au moment où je remuais ma nuque virile, je me demandais si être ou ne pas être était vraiment la question. Etrangement, en voyant le Raymond ainsi, en rouge et blanc, j’eus très envie de foutre une bonne rouste à mon oncle. Et  je me vis soudain vêtu de blanc, dormant apparemment sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles.

 

            _ « Raymond ! que je dis à Raymond. Que veux-tu de moi ? Cela fait bien longtemps ... Je ne suis sûr de pouvoir répondre à tes questions, si c’est la raison pour laquelle tu me réveilles à trois heures trente du matin ! ».

Après avoir fait une gentille réflexion sur mon goût (rapport à la couleur du réveil matinal que j’avais déniché trois jours auparavant dans une petite brocante de la Badstrasse, à Berlin), il me demanda si j’allais bien. Je lui dis que oui. Il en fut apparemment soulagé. Je ne lui renvoyais pas la pareille pour des raisons qui me semblent assez logiques.

_ « Gonzague ! » (les fantômes ont une impressionnante facilité à répéter les prénoms). Il faut que tu venges mon nom ! Il est utilisé à tous bouts de champs par des imbéciles qui ne m’ont compris que parce qu’ils voulaient me comprendre. Sauve-moi ! Entreprends quelque chose ! »

J’aime bien le Raymond. Je l’avais déjà défendu, à deux, trois reprises et ce malgré des divergences sur le fond. Mais là, c’était un peu trop. On n’était plus en 68.

_ « Raymond ! Mon ami ! Je n’ai plus le pouvoir d’antan. La médiocrité et la vulgarisation ont pris leurs quartiers d’été, d’automne, d’hiver et de printemps, ici bas. Et, étant devenues règles universelles, il est très ardu de faire entendre raison à ces imbéciles, comme tu les nommes gentiment. »

            Raymond  me regarda alors de ses yeux malicieux. Il prit dans sa main droite son cigare.

 _ « Médiocrité et vulgarisation sont les signes avant coureurs d’une chute lamentable. Tous ceux qui, après avoir connu la gloire, se renferment dans ces signes, pourrissent. Et sur leur humus poussent des fruits plus aguichants ».

Après cette phrase, il reprit son cigare en bouche, me sourit ; puis, après un clin d’oeil avenant, il repartit, non sans avoir oublié de refermer la fenêtre. En rabattant les vitres, je le regardai s’enfuir. Il évita un gros frêne, bifurqua vers le lieu-dit de « L’âne incontinent », nommé ainsi en l'honneur de l'âne de Jacqueline Holderbergue, retrouvé là, mort, noyé dans son urine. Après s'être arrêté un instant devant la statue équestre érigée en souvenir du pauvre animal, Raymond finit par disparaître dans la nuit glacée.  

_ « La mort ne change pas son homme » fut ma dernière pensée.

Par Gonzague Loumintope - Publié dans : Pseudo Aventures
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus